Pour plus de précision, consultez le catalogue de l'exposition.

La plupart des inscriptions religieuses sont des ex-voto ou des dédicaces sur un temple ou un autel.

Sur une inscription religieuse figure le nom du dieu ainsi que le nom du dédicant avec parfois son titre et sa profession. La nature de l’offrande, son coût, la cause du don peuvent aussi être mentionnés. Les informations fournies par ces inscriptions sont des plus précieuses puisqu’elles permettent de mieux connaître un panthéon de plus de 500 dieux. A Angers, à la dédicace du sanctuaire de carrefour s’ajoute le socle de Mars Loucetius dans le parcours d’Histoire d’Angers.

Dédicace d’un sanctuaire de carrefour

Texte :
[---]E ET USI
[---]MPI[.]UM
[---+ +---]N
[---]IUS AMANDI F
[---] AMAND(U)S
[---] CURAVIT
[---]

Transcription :
[Genio vicinia]e et usib(us) / [vicanorum co]mpi[t]um / [---]na/[---]ius Amandi f(ilius) / [---] Amand(u)s / [faciendum] curavit / [idemq(ue)] d(edicavit) ou [ex d(ecreto)] d(ecurionum)

Traduction :
« Au génie du quartier et aux relations entre ses habitants, ce sanctuaire de carrefour [...] Amandus fils d’Amandus a veillé à sa construction et l’a dédicacé » (ou « a veillé à sa construction par décret de l’ordre décurional »).

Les fouilles de l’enceinte gallo-romaine d’Angers menées rue Toussaint par Michel Provost en 1974 et 1975 ont révélé un fragment d’inscription. Alors que Michel Provost proposait d’attribuer cet élément à un monument funéraire, Yvan Maligorne suggère une toute autre interprétation fondée sur l’évocation, à la ligne 2, du don d’un [co]mpi[t]um, c’est-à-dire d’un sanctuaire de carrefour où s’exerçaient un certain nombre de pratiques rituelles de proximité. La mention d’un tel lieu à Angers laisse à supposer l’existence d’une division urbanistique en quartiers et constitue à ce titre un indice de l’usage en Gaule de pratiques d’origine romaine.

(Etude par Lola Fondbertasse, d'après Yvan Maligorne)

Dédicace d’un sanctuaire de carrefour
IIe siècle, tuffeau, découvert à Angers, rue Toussaint en 1974, Angers, musées, dépôt du Service régional de l’archéologie, inv. D.1975.1.1 (photo : Alain Chudeau)

Socle de statue dédié à Mars Loucetius

Texte :
MAR†LOVC
AVG
CIVL LECTR

Transcription :
Marti Louc(eti) / Aug(usto) / C(aius) Iul(ius) Lectri/ [...

Traduction :

A Mars Loucetius auguste, Caius Julius Lectri [a élevé ce monument ?

Ce socle de statue, trouvé à Angers place Freppel, atteste du culte de Mars, dieu de la guerre qui est en faveur dans l’Ouest de la Gaule, au même titre que Mercure. Accolé au dieu Mars, l’épithète Loucetius (« brillant comme l’éclair ») est surtout connue dans l’est de la cité des Trévires (région de Trèves en Allemagne). Mars est aussi qualifié d’auguste en association avec le culte impérial.

Quant au surnom (cognomen) Lectri, il est d’origine gauloise. Sans doute s’agit-il d’un auxiliaire de l’armée romaine qui, après avoir été affecté près de la Germanie, revient dans sa cité à l’issue de son engagement de 25 ans.

Il dédicace ce temple ou cette statue à la divinité qu’il avait l’habitude d’honorer dans sa garnison à proximité de la frontière (limes).

(Etude par Maxime Mortreau)

Socle de statue dédié à Mars Loucetius
1e moitié du Ier siècle, calcaire oolithique, découvert à Angers, fondations de l'enceinte du Bas-Empire, près de la cathédrale Saint-Maurice en 1813, Angers, musées, inv. MA GF 1.

Les ex-voto de Mithra

Etude par Maxime Mortreau

Pour plus de précision, consultez le catalogue de l'exposition
et l'article de Michel Molin, Jean Brodeur, Maxime Mortreau, "Les inscriptions du mithraeum d'Angers / Iuliomagus (Maine-et-Loire), nouvelles données sur le culte de Mithra", Gallia, t. 72-2, 2015, p. 417-433.

Les dédicaces présentées dans l'exposition associent à la fois inscriptions lapidaires et graffitis sur céramique. Elles sont issues des fouilles menées par Jean Brodeur (Inrap) en 2010 sur le site de l’ancienne Clinique Saint-Louis. 

Fragment de plat caréné avec dédicace à Mithra
Gaule, atelier de Lezoux (Puy-de-Dôme), 1e moitié du IIe siècle, céramique sigillée Lezoux 043, découvert à Angers, clinique Saint-Louis en 2010, Inrap Grand-Ouest, inv. 49007052, isolation 123, US 1089

Fragment de plat caréné avec dédicace à Mithra

Texte :
… INVICTI

Transcription :
… dei] inuicti [Mithr

Traduction :
« … du dieu invaincu Mithra »

Le graffito a été tracé à la pointe sèche après cuisson à l’intérieur du plat, peut-être déjà brisé et réduit à l’état de tesson comme l’indique le sens du tracé. On note un défaut de gravure sur le C de INVICTI.

L’emploi du génitif indique que ce fragment d’un grand plat de présentation réservé à un usage collectif appartient désormais au Dieu et qu’il ne peut plus servir à une utilisation domestique. Découverte en position secondaire dans un remblai de destruction, de par son ancienneté, cette dédicace atteste d’une première période d’utilisation du mithraeum au moins au milieu du IIe s.

Plaque à inscription votive de Pylades
Gaule, Angers, 2nde moitié du IIe siècle, marbre blanc, découvert à Angers, clinique Saint-Louis, 2010, Inrap Grand-Ouest, inv. 49007052, isolation 777, US 1326

Plaque à inscription votive de Pylades

Texte :
AVG·DEO·INVICTO
MITHRAE·PYLADES
FELICIS·AVG·SER
AGATHANGELIANI
V · S · L · M

Transcription :
Aug(usto) Deo Invicto/Mithrae Pylades/Felicis Aug(usti) ser(vi)/
Agathangeliani (servus)/v(otum) s(oluit) l(ibens) m(erito)

Traduction :
« À Auguste. En l’honneur du dieu invaincu Mithra, Pylades, esclave de Felix Agathangelianus, esclave d’Auguste, s’est acquitté de son vœu de bon gré à juste titre. "

La formule « A Auguste. Au dieu », qui associe culte impérial et dévotion à une ou plusieurs divinités du panthéon, se rencontre fréquemment en Gaule, notamment dans les cités de l’Ouest de la Lyonnaise mais est très rarement utilisée pour Mithra, qui est donc invoqué à Iuliomagus comme les autres dieux.

Pylades est un des noms grecs courants pour les esclaves, même s’ils n’étaient pas d’origine grecque. Ce Pylades est esclave de Felix Agathangelianus, lui-même esclave d’Auguste. Il est donc le vicarius de ce personnage, quoique le terme ne soit pas expressément employé.

Son maître, Felix Agathangelianus, est désigné par une séquence fournissant le curriculum du personnage qui associe deux cognomina disparates : le premier Felix, très répandu, se rencontre dans toutes les classes sociales alors que le second Agathangelianus, dérivé du grec ᾽Agaqavggelo" à l’aide du suffixe - ianus est inédit. Il indique qu’il a d’abord été lui-même esclave d’un certain Agathangelos/Agathangelus, nom au contraire répandu, notamment chez les esclaves ou les affranchis.

Felix est ensuite devenu servus Augusti, esclave impérial, ce passage d’une familia privée à la domesticité impériale représentant une promotion sociale qui intègre le personnage dans les classes moyennes de la capitale d’une petite cité comme celle des Andicaves.

Cet usage du curriculum rappelant l’ancien maître, bien connu à l’époque républicaine et au début du principat, se pratiquait encore à Rome au milieu du IIe s., époque à partir de laquelle il tombe en désuétude, avant de disparaître un peu plus tard dans les provinces, ce qui pourrait être un argument pour dater l’inscription de Pylades de la seconde moitié du IIe s.

Ce document nous met donc en relation avec le milieu des fonctionnaires impériaux de rang intermédiaire, esclaves ou affranchis, déjà connus par l’épigraphie à Iuliomagus au IIe s. : Agathocles Aug(usti) disp(ensator) époux d’une Aelia Epicarpia ou T. Flavius Asiaticus, Aug(usti) lib(ertus). Les uns et les autres, chez qui se recrutaient souvent les dévots civils de Mithra, étaient en mesure de se faire connaître par des inscriptions.

Fragment de plaque de marbre avec dédicace à Mithra
Gaule, Angers, seconde moitié du IIe s. ou premier tiers du IIIe s., marbre gris, découvert à Angers, clinique Saint-Louis, 2010, Inrap Grand-Ouest, inv. 49007052, isolation 491, US 1324

Fragment de plaque de marbre avec dédicace à Mithra

Texte :
---]G · I M[---
---]IS · MA[---
] D · [D

Transcription :
Au]g(usto). I(nuicto) M [ithrae/]is Ma[/d(ono) [d(edit

Traduction :
« À Auguste. À Mithra invaincu, ]is Ma[ a offert par un don »


Ce petit fragment d’inscription a été découvert en réutilisation-réemploi postérieur dans les marches du podium du second mithraeum. Une datation de la seconde moitié du IIe s. ou du premier tiers du IIIe s. est proposée en raison de la qualité de la gravure.

Gobelet sphérique votif
Gaule, atelier de Lezoux (Puy-de-Dôme), fin du IIe s. ou premier tiers du IIIe s., céramique sigillée Déchelette 72, découvert à Angers, clinique Saint-Louis, 2010, Inrap Grand-Ouest, inv. 49007052, isolations 124/125/131/192/194/207, US 1227/1287

Gobelet sphérique votif

Texte :
---]M [---]DEO[ INVIC]TO MYTRH[AE
]S GENIALIS CIVES AMBIAN[IC]VS EXVOTO D[
FRAT]RIBVS OMNI LOCO […N] AMA.

Transcription :
---]M [---]Deo[ inuic]to Mytrh[ae/]s Genialis ciues Ambian[in]us (ou Ambian[ic]us) exuoto d[edit/frat]ribus, omni loco, [ … N]am

Traduction :
« --- Au dieu invaincu Mytrha, […]s ( ? fils de) Genialis, citoyen ambien, a donné conformément à son vœu, pour ses frères, en tout lieu […]. Gloire! »

La paroi lisse, non décorée du vase est le support d’un texte dédicatoire fragmentaire gravé avant cuisson à l’aide d’un stylet. En tête du texte, on trouve la lettre M qui pouvait appartenir à une formule préliminaire du type In honoreM domus diuinae ou In honoreM (----).

Mithra est orthographié ici Mythra montrant que les deux lettres étaient prononcées de façon semblable.

Genialis est soit le nom du père du dédicant au génitif s’il s’agit de pérégrins à noms uniques, soit un cognomen, le mot précédent finissant par « s » étant alors le gentilice s’il s’agit d’un citoyen romain. Il est largement répandu dans l’ensemble des provinces européennes d’expression latine, mais est plus rare en Lyonnaise et en Aquitaine qu’en Narbonnaise et en Belgique.

La forme cives se rencontre fréquemment à la place de civis.

Pour le nom même de sa cité d’origine, Ambianus étant trop court pour la place libre, nous proposons alors Ambianicus (formé sur Ambianus comme Rutenicus sur Rutenus ou Turonicus sur Turonus), Ambianinus (comme Andicauinus ou Andegauinus sur Andicauus ou Andegauus) voire Ambianacus (comme Parisiacus sur Parisius) pourraient aussi s’insérer.

Le terme fratres peut être employé à propos des deux dadophores Cautès et Cautopatès accompagnant Mithra, mais il est souvent attesté dans les inscriptions mithriaques pour désigner la confrérie des initiés dont les fidèles sont exclusivement des hommes. La formule omni loco, « en tout lieu », n’est pas propre au contexte mithriaque. On peut éventuellement suggérer que l’expression fratribus omni loco doit être comprise de manière globale, « pour ses frères en tout lieu » qui ferait allusion à la distance entre le lieu de fabrication et le lieu du don, peut-être même aussi au lieu du vœu qui pourrait avoir été encore différent puisque le dédicant est ambien.

Le mot restitué sanscrit ou avestique Nama est une acclamation de louange « Gloire ! » fréquente sur les monuments mithriaques d’époque romaine.

Il faut donc supposer que cet Ambien s’est rendu à Lezoux où il s’est fait confectionner et graver à son nom ce petit vase avant de le laisser en ex-voto au mithraeum de Iuliomagus, au terme d’un voyage effectué pour des raisons professionnelles ou privées. Il y a d’autres exemples de vases mithriaques fabriqués dans le grand centre de production céramique qu’était Lezoux à cette époque et où se fournissait une clientèle variée.

Fragment d’édicule (?) à inscription votive
Gaule, Angers, IIIe siècle par la graphie, tuffeau, découvert à Angers, clinique Saint-Louis, 2010, Inrap Grand-Ouest, inv. 49007052, isolation 166, US 1258

Fragment d’édicule (?) à inscription votive

Texte :
[…………]
..…]EL·L[.
V]OTOFELI
CITERRETI
TVITDEOI

Transcription :
[…………]/…]el(…) L[/u]oto feli/citer re<s>ti/tuit deo i(nuicto) M(ithrae

Traduction :
« […………]el(…) L[…] a restauré selon son vœu avec bonheur pour le dieu invaincu Mithra. »


Ce fragment d’un petit édicule (?) décoré dont un pan de la toiture comporte une inscription d’où la ou les premières lignes sont manquantes. La gravure est de très mauvaise qualité. La première ligne conservée pouvait indiquer l’identité du dédicant qui comprenait deux éléments impossibles à reconstituer avec sûreté, le premier étant un idionyme s’achevant de façon globale ou abrégée par les lettres E et L précédées d’au moins quatre ou cinq caractères. En revanche, la fin de l’inscription, qui est complète, peut être lue deo i(nuicto) M(ithrae), avec une ligature IM. La formule largement abrégée d(eo) i(nuicto) M(ithrae) est courante, mais beaucoup plus rare avec le mot deus en entier.


On ne connaît que deux autres feliciter en contexte mithriaque : CIMRM 138F à Lambèse, CIMRM 1821 à Intercisa.

Le verbe re[s]tituit dont la lecture s’impose soulève un problème : s’agit-il seulement de l’offrande concernée par le panneau inscrit ou d’une phase de restauration de l’ensemble du mithraeum ?

Fragment de bord de gobelet avec dédicace à Mithra
Gaule, ateliers de Civaux (Vienne), fin du IIIe- IVe s., céramique décorée « à l’éponge » gobelet type Raimbault VIII, découvert à Angers, clinique Saint-Louis, 2010, Inrap Grand-Ouest, inv. 49007052, isolations 295/886, US 1288/1326

Fragment de bord de gobelet avec dédicace à Mithra

Texte :
M]YTHRAE DIVIXTIA[NVS …

Transcription :
M]ythrae Diuixtia[nus

Traduction :
« À Mythra, Diuixtianus a fait ce don ...

La dédicace incomplète, tracée après cuisson, se développait sur la totalité du col du gobelet.

La graphie Mythra apparaît pour la seconde fois. Diuixtia[nos/Diuixtia[nus est un anthroponyme gaulois dérivant du radical diuic-, « venger », « punir », on peut donc traduire par « le vengeur ».

On connaît Diuixta, Diuixtilla, Diuixtos sur des inscriptions, Divixtullus par des graffiti sur des vases, Diuixtus, -ius, -o, sur des inscriptions et des graffiti. En revanche, ni Diuixtia ni Diuixtianos/Diuixtianus ne sont répertoriés par Lorincz.

Peut-être portée par un Iulius à Bordeaux, Diuixtianos/Diuixtianus est une forme hybride, associant à un nom de personne celtique le suffixe latin –ianus. La datation tardive permet d’envisager qu’il pourrait s’agir à cette époque d’un citoyen romain qui ne fait plus usage de son gentilice, mais seulement de son cognomen.

Bol caréné avec inscription dédicatoire

Bol caréné avec inscription dédicatoire
Gaule, ateliers d’Argonne, deuxième quart – milieu du IVe siècle, céramique sigillée décorée à la molette, type Chenet 320 (pied annulaire manquant), découvert à Angers, clinique Saint-Louis, 2010, Inrap Grand-Ouest, inv. 49007052, isolations 1241 et 1318/1332/1386/1642, US 1343 et 1648

Texte :
Palmette / AVG · DE[O] INVIC [- - -] ENTIN [- - -] N

Transcription :
Aug(usto). De[o] invic[to M(ithrae) Val]entin[us ver]na
ou
Aug(usto). De[o] invic[to M(ithrae) Adv]entin[ius Ci]na

Traduction :
« À Auguste. Au dieu invaincu Mithra, de la part de Valentinus, d’ici. »
ou
« À Auguste. Au dieu invaincu Mithra, de la part d’Adventinius Cina. »


La dédicace lacunaire est tracée en lettres capitales après cuisson sur le col. Le relevé et le développement de la molette inscrite permet de compter six ou sept lettres entre INVIC et ENTIN, quatre ou cinq entre ERTIN et NA. Un point est conservé entre AVG et DEO. La taille de l’intervalle entre INVIC[TO] et ENTIN, n’offre la place que pour une simple initiale M pour désigner M(ithrae). Quoique rare, la formule Deo Inuicto M(ithrae), se rencontre toutefois.

Ici encore, à cette période, il pourrait s’agir d’un citoyen romain ne faisant plus usage de son gentilice mais seulement de son cognomen. On peut proposer, pour trois lettres manquantes les gentilices ADV]ENTIN[IVS, POT]ENTIN[IVS, VAL]ENTIN[IVS et le cognomen ou nom unique VAL]ENTIN[VS, pour quatre lettres les gentilices CLEM]ENTIN[IVS ou FLOR]ENTIN[IVS, tous attestés dans OPEL.

Pour la seconde lacune de quatre ou cinq lettres, selon que l’on adopte un nom unique en –VS ou un gentilice en –IVS, il reste respectivement trois ou deux lettres à insérer avant ]NA. Dans le premier cas, le mot verna, au sens d’ « indigène » est possible. Dans le second cas, les cognomina latins de quatre lettres se terminant par –NA étant rares, il faut donc se rabattre sur les noms gaulois ou celtes masculins attestés dans l’épigraphie comme CI]NA.